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Pierre Tombale

Le symbolisme vestimentaire
(deuxième partie du symbolisme chez les adolescents)

Les vêtements que l'on porte ne relèvent pas du hasard. On les choisit en fonction des saisons, de la température, mais aussi en vue d'activités. On se vêt différemment au travail, à la maison, au lit, lors d'une fête, lors d'une sortie(1).
Se vêtir dépasse largement l'aspect pratique, confort ou protection. Tantôt, les vêtements symbolisent l'appartenance à la masse, à un groupe d'individus; tantôt ils symbolisent une quête d'identité, des valeurs, un idéal. Les vêtements reflètent plus ou moins une image de soi mais surtout par le vêtement "on se définit, on se décrit à soi et aux autres". Les vêtements expriment ce qui est ressenti à l'intérieur et disent ce "quelque chose qui dépasse les mots"(BELL).
À prime abord, les vêtements distinguent les gens selon leur sexe et leur âge --de moins en moins. Ils ont aussi une fonction socio-politico-spirituelle: le vêtement indique la classe sociale (pauvre ou riche), l'appartenance religieuse (le hijab), etc. Les vêtements donnent un style, un genre aux individus.
Pour quelques sociologues, les raisons de l'habillement se résume à trois: utilité (fonctionnel), personnalité (statut social) et sexualité (attirance).
Toutefois, à l'ère de la mondialisation, du pluralisme religieux et d'une société multiethnique, il devient de plus en plus difficile de décoder le langage symbolique de la tenu vestimentaire. Encore plus, d'intervenir en fonction de l'équlibre social. La polémique, en 1994, entourant le hijab et celui des punks et des skins au début des années 1990 sont de bons exemples de ce qui attend les écoles d'ici la prochaine décennie.
On semble distinguer les vêtements du costume et de l'uniforme. Le costume est l'affaire des gangs (gangs de rue, motards, écoles privées, équipes sportives) alors que l'uniforme serait du domaine des regroupements autoritaires(2) de la société (les forces armées, les avocats, les policiers, les scientifiques). Une étude célèbre, dans le monde entier, celle du docteur Stanley Milgram, à l'Université Yale, sur l'obéissance(3) et la soumission destructive, a démontré l'importance de l'uniforme --qui confirme l'autorité-- comme condition à la soumission de l'autoritarisme.
Les adolescents sont essentiellement concernés par le costume qui est d'ailleurs une des forces des gangs de rue. Le costume crée un impact incroyable sur la population et, diffusé massivement par les médias, fini par créer une psychose au sein de la population. Personne ne contestera le sentiment de crainte ou de peur qui s'empare des individus à la simple présence d'un groupe de Hells Angels roulant en Harley sur l'autoroute ou prenant un repas dans un quelconque restaurant.
Les gangs s'identifient et se distinguent par le port d'un costume ou d'un code vestimentaire: un vêtement --surtout chez les filles--, les lacets de bottes. Les Punks des années 1980 exprimaient par leurs vêtements et leur accoutrement une idéologie radicale: "No future", "Destroy", "Fuck the world" (que l'on peut traduire par "Détruisons le monde actuel si nous voulons le sauver"). Leur cheveux ébouriffés, en crête, colorés fluorescents; leurs vêtements perforés, déchiquetés à coups de lame de rasoir; le visage perforé d'anneaux, de cadenas, de clous; avec un petit rat blanc sur l'épaule; reflétaient inévitablement leurs valeurs antisociales. A un point tel, que le "vrai" punk (celui qui vit comme un punk et prêche intégralement l'idéologie du mouvement) tient à être distingué mordicus du "faux" punk (celui qui revêt le costume pour une question de mode). D'ailleurs, on peut dire que le punk de mode est disparu alors que celui de la rue est toujours bien vivant.
Au Québec, la fin des années 1990 annonçait un retour du nazisme(4) par l'entremise de mouvements aux idéologies racistes. Skinheads, Ku Klux Klan, White Power, Mohawks Win, Black Power, etc., font partie maintenant de notre société et leur présence qui a diminué d'une certaine façon est toujours attestée dans les écoles secondaires.
Les différents comités du milieu scolaire ont réagi à leur façon contre la montée du racisme. De nombreuses écoles ont instauré un réglement concernant la tenue vestimentaire(5) en interdisant le port de t-shirt véhiculant l'horreur ou une idéologie raciste; ou même les costumes de ces
groupes.
Par exemple, le style skinheads, qui consiste grosso modo en un crâne rasé pour les garçons, paire de jeans, bretelles, t-shirt arborant Hitler ou autres symboles et personnages racistes, veste d'aviateur et bottes de travail Doc Martens, était interdit. Certaines institutions scolaires ont immédiatement perçu l'image forte et dure qui se dégage de leur costume. Ils ont réagit alors que les autres ont vécu avec de forts problèmes.
Aussi paradoxale que cela puisse paraître, les Doc finirent par connaître un succès commercial(6) --ce que le mouvement n'avait aucunement estimé. En 1994, n'importe qui portait des Doc, un symbole puissant chez les skins. Plusieurs élèves m'ont raconté avoir subi diverses formes de harcèlement de la part des skins parce qu'ils portaient le Doc.
Finalement, certaines écoles furent dans l'obligation d'interdir complètement la botte, prétextant son passé antisémite. L'histoire démontra que le pire ennemi des mouvements marginaux, dont le symbole du costume prend une importance, est la mode.
Ces règlements sur la tenue vestimentaire ont eut un effet important au sein de la population. Par exemple, à Sherbrooke, un commerçant d'articles de musiques a du retirer de sa vitrine un drapeau skin. En Estrie toujours, une boutique de vêtements et d'articles de groupes de musique a tenu compte du reglèment d'une école secondaire dans l'achat et la vente de t-shirt. Même le Casino de Montréal a pris position de le port du vêtement raciste(7).
"On est comme on entend", dit la maxime populaire. Cela est particulièrement vrai chez les adolescents, consommateurs invétérés de musique: heavy metal, grunges, preps, groupies, nerds, freshs, granos, sixties, ont tous un code vestimentaire régit en fonction de leurs groupes favoris, de leurs idôles.
C'est ainsi que, dans les écoles, on a observé des similitudes entre les années 1960 et les années 1990 avec les événements entourant le 25e anniversaire de Woodstock (1969-1994). Le cinéma (Le Monde selon Wayne, Wayne 2), les médias, les documentaires sur le mode de vie des hippies ont eu une répercution immédiate sur la mode vestimentaire, sont apparus les styles granos, world beat et, avec le retour des pattes d'éléphant, sixties (leur musique est cependant celle du début des années 1970: Genesis, Pink Floyd, Gentle Giant, Yes, Queen, Doors). Ce fut aussi le retour du symbole "peace and love" et de la "feuille de cannabis" --affichant une sorte de "légalisation" des drogues douces. Soulignons d'ailleurs, que les élèves sont davantage influencés par des phrases célèbres (Every body must to get stoned --tout le monde doit se geler--, de Bob Dylan; le discours du groupe anglais Oasis), des propos de personnalités respectés du monde des adultes (Kim Campbell, ministre du Canada, affirma aux journalistes qu'elle avait déjà consommé de la drogue docue; Jacques Languirand dans son texte "Éloge au pot"(9) y va d'un discours absolument déconcertant et qui place tous les intervenants du milieu scolaire dans une situation quasi insoutenable), que les chroniques de la revue High Times, que les groupes chantant les vertus de l'herbe tels Hempilation, Blues Traveller ou Black Crowes (groupes appuyés par la NORML(National Organization to Reform Marijuana to Laws) qui font seuls objets de censure dans les écoles.

NOTES

01. Cette partie du texte sur les symboles s'inspire grandement du livre Rodrigue Jean-Louis et Coulombe Daniel, Une vie à vivre, éditeur Armande Pilon, 1997. Pour une étude plus complète des symboles, Tillich Paul, Aux Frontières de la religion et de la science, Le Centurion/Delachaux et Niestlé, 1970, 206 p.
02. Voir le numéro spécial d'Interfaces, dossier Corps et spiritualité, janvier-février 1997; aussi Parenteau François, "Guide de, genre comme, des sytles, tsé..., Dangereusement Drôle, mai 1993, p. 17-20.
03. Un film francais, Icare, a repris cette expérience pour une scène.
04. Pourtant, les événements de la Deuxième Guerre mondiale, où 6 millions de Juifs ont été torturés et tués --avec leurs cheveux, on a confectionné des couvertures; avec leurs corps, du savon et de l'engrais. Une période de l'humanité qui symbolise l'horreur et qui ne devrait jamais être placées aux oubliettes. Pourtant, beaucoup d'élèves ignorent la signification même du mot holocauste. Aussi, par leur présence active sur Internet, la victoire des écoles sur les groupes racistes est loin d'être terminée.
05. Voici un exemple de règlement concernant la tenue vestimentaire: "L'élève qui porte un vêtement ou un accessoire associé à un groupe, à un style ou à une idéologie qui prône ou incite à la discrimination, à la violence, à l'intolérance, à l'agressivité, au racisme ou à toute autre valeur anti-sociale ou immorale". Ecole Louis-St-Laurent, East Angus.
06. Les "doc" sont apparus au Canada, à Toronto, en 1986. Ils sont la marque de commerce des skinheads et se veulent, puisqu'ils sont offerts dans une multigame, un symbole de transgression dans les milieux huppés --allant des collèges privées de jeunes filles aux intellectuels. L'origine de cette bottine a cependant un autre sens que le raciste --c'est après un accident de ski, que le docteur Clauss Martens s'est fabriqué une botte orthopédique.
07. Voici l'extrait du règlement du Casino de Montréal: "Ne sont pas acceptés: ... Tout vêtement à caractère violent ou associé à un regroupement reconnu comme violent".